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La maison était fraîche, les travaux l’ont transformée en four: pourquoi un audit énergétique sur trois recommande des rénovations qui aggravent la chaleur l’été

Publié le 22/09/2026
Selon la plateforme Argile.ai, spécialisée dans la donnée immobilière et la rénovation des logements, plus d'un tiers des audits énergétiques recommandent des travaux qui surchauffent les habitations l'été. La faute à une mauvaise prise en compte de l'adition de plusieurs travaux et de l'impact de certaines méthodes d'isolation.
 

Le constat est contre-intuitif, mais les canicules de l'été 2026 l'ont mis en lumière: certains travaux de rénovation n'agissent pas pour protéger les logements des fortes chaleurs. Au contraire. D'après la plateforme Argile.ai, spécialisée dans la donnée immobilière et qui a passé au crible quelque 700.000 audits énergétiques de maisons individuelles (publiés par l'Ademe), près d'1 audit sur 3 recommande des travaux qui surchauffent les habitations l'été.

Comptez précisément 1 à 5°C de plus dans 26,5% des scénarios et dans 4% des cas, les travaux recommandés provoquent même un réchauffement intérieur supérieur à 5 degrés.

 
"La combinaison la plus défavorable est l'isolation des murs par l'intérieur couplée à celle du plancher", explique Pierre-Louis Guhur, le cofondateur d'Argile.ai, auprès de La Tribune Dimanche et BFM Business. Ce scénario conduit plus de huit fois sur dix à une augmentation des températures lors des fortes chaleurs et en particulier pendant une canicule.

Plus exactement, l’isolation du plancher bas, posée sur la dalle, "coupe la maison de son seul "puits froid" gratuit, le sol", explique Pierre-Louis Guhur. Ainsi, 61 % des chantiers qui la prescrivent aggravent le confort d’été. Tandis que l'isolation des murs par l'intérieur, elle, procure l'effet d'une "caravane bien isolée : elle protège du froid en hiver, mais garde la chaleur l'été". À l'inverse, l'isolation des murs par l’extérieur, plus complexe à mettre en oeuvre, rafraîchit les logements (de l'ordre de 1,1 °C).

Illustration avec une petite maison de 68 mètres carrés dotée de murs en pierre de 55 cm, située à Vernouillet (Yvelines) et confrontée à notre été 2026: sans les travaux recommandés, la température intérieure pendant la semaine la plus chaude - du 21 juin au 27 juin - serait montée au maximum à un peu plus de 35 degrés. Mais avec les gestes préconisés par un audit réalisé en 2024, le thermomètre grimpe au-delà des 44 degrés (si les volets restent ouverts et les fenêtes fermées).

Les régions situées au nord plus touchées

Cette aggravation du confort d'été dépend aussi de la nature initiale du bâti. "Les maisons en pierre avec des murs épais sur dalle nue, naturellement fraîches, sont celles qui ont le plus à perdre avec des travaux mal calibrés", explique le patron d'Argile.ai. Certains territoires sont aussi particulièrement exposés à ce phénomène.

"De manière contre intuitive, c'est finalement là où il fait traditionnellement le plus chaud que le risque est le plus faible, raconte Pierre-Louis Guhur, et en particulier le Sud-Ouest".

Dans les Landes, en Gironde, dans les Pyrénées Orientales ou le Gers, seuls 15% des travaux recommandés dans les audits conduisent à une hausse des températures intérieures aux périodes les plus chaudes. À l'inverse, environ la moitié des rénovations préconisées à Paris (53%), dans les Hauts-de-Seine (48%) et dans le Val-de-Marne (45%) aggrave le confort d'été. Et même 41% dans les Côtes d’Armor, elles aussi très exposées.

"Attention, nuance cependant le patron d'Argile.ai. Ce n'est pas l'isolation qui fabrique la bouilloire, mais l'isolant posé du mauvais côté."

"D'ailleurs nous constatons que l'isolation par l'extérieur, elle, est la seule qui permet d'améliorer simultanément le confort en hiver et en été." Sauf qu'entre les règles locales en matière d'urbanisme, les avis des architectes des Bâtiments de France et les blocages en copropriété, les propriétaires n'ont pas forcément le choix.

Un indicateur du DPE encore "aveugle"

Mais alors, comment se repérer ? S'il existe bien aujourd'hui un indicateur de confort d'été dans le Diagnostic de performance énergétique (DPE), celui-ci n'est pas détaillé. Sa note se fonde sur quatre critères : l'inertie, la protection solaire, le logement traversant et l'isolation de la toiture. Il n'intègre pas, en revanche, le type d'isolant ni le type de plancher.

Selon la plateforme Argile, même si l'indicateur de confort d'été s'améliore dans le DPE ("d'insuffisant" à "bon"), la part de chantiers aggravés reste la même. "L’indicateur n’est pas faux, il est aveugle", estime Pierre-Louis Guhur.

Le gouvernement a déclaré, après la canicule du mois de juin 2026, amorcer une réforme du DPE. "Nous devons le réécrire pour faire en sorte qu'il y ait une autre lettre, une autre indication sur le confort d'été", a indiqué Vincent Jeanbrun devant les députés courant juillet. Reste à savoir si ce sera effectif.

 

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