Même avec un reste à vivre de 6.500 euros par mois, ils ne peuvent pas emprunter: le ministre du Logement plaide pour assouplir la règle qui limite l'endettement à 35% des revenus
Le crédit sera-t-il toujours accessible en France dans les prochains mois? La question se pose étant donné la remontée des taux d'intérêt, à un rythme qui s'est accéléré depuis la sortie de l'été.
Aujourd'hui, les taux d'emprunt oscillent entre 3,50 et 4,20% sur 25 ans d'après plusieurs réseaux de courtage qui reçoivent tous les 15 jours les barèmes commerciaux des banques. À ces derniers, doivent s'ajouter des frais d'assurance et des frais bancaires, qui rallongent la note pour atteindre les 4 à 5%. Un niveau trop élevé, a jugé lundi 2 novembre le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun.
Pour ce dernier, "si on veut booster l'accession à la propriété, il faut que le crédit immobilier se libère", a-t-il déclaré devant des journalistes.
"Nous avons un défi collectif, de faire en sorte de redonner de la fluidité au système bancaire. (...) Il faut que les Français et les Françaises aient accès à nouveau au crédit immobilier. À travers des prêts à taux zéro. Mais aussi plus largement", a-t-il souligné.
Le ministre fait ici référence aux normes d'accès au crédit à l'habitat en vigueur en France et fixées par le Haut Conseil pour la Stabilité Financière (HCSF), organe dépendant de l'État et de la Banque de France. Ce dernier impose que les mensualités d'un crédit immobilier soient inférieures à 35% des revenus nets avant impôts du ménage. Il fixe aussi un plafond d'endettement à 25 ans, à l'exception de certains dossiers (pour 20% des crédits accordés par les banques). Des plafonds qui permettent de sécuriser les ménages et les banques, et prévenir un risque de surendettement. Et ainsi se prémunir d'une crise immobilière et financière.
Or, certains acteurs professionnels déplorent un risque de "blocage" du marché immobilier. C'est-à-dire empêcher les ménages d'emprunter, car les crédits dépasseraient ce plafond des 35% de revenus.
Une position reprise par Vincent Jeanbrun. "En tant que ministre, j'ai reçu les banques une première fois en leur disant que cela ne va pas, il faut lâcher beaucoup plus", a détaillé le ministre.
Avant de poursuivre : "J'ai eu l'occasion d'en parler avec le ministre de l'Économie tout récemment. Et je vais continuer à aller rencontrer les différents acteurs du système bancaire, mais également de la Banque de France, pour qu'on ait des fonctions et des fonctionnalités qui puissent donner du résultat."
Système de taux fixes "à la française"
Pourtant, ces normes visent à préserver le système "à la française", considéré comme "particulièrement protecteur" par le docteur en économie Michel Mouillart, associé à l'Observatoire Crédit Logement CSA. Car en France, ce sont les banques qui portent le plus grand risque financier : elles prêtent en effet sur de longues durées (jusqu'à 25 ans) à taux fixe, et non à taux variable comme ailleurs en Europe. D'où une sélection fine des dossiers qu'elles acceptent de financer.
Le HCSF a "toute sa légitimité et un rôle important", souligne également Vincent Jeanbrun. Pour autant, le ministre estime que "l'enjeu, c'est comment on prête aux primo-accédants, et comment on prête aux propriétaires bailleurs?", interroge-t-il.