"Politiquement, le logement ne rapportait rien": les Français en ont assez d'étouffer à cause du logement, 76% comptent désormais en faire un critère de vote en 2027
Le logement est au cœur des préoccupations des Français, mais aussi un enjeu clé de la prochaine élection présidentielle. C'est l'enseignement d'un sondage publié ce jeudi 5 novembre par l'institut Odoxa, en partenariat avec BFM Business, Le Figaro Magazine et le réseau immobilier Orpi.
Portant sur un panel de 1.005 personnes interrogées entre le 28 et le 29 octobre 2026, représentatives de la population de 18 ans et plus, ce sondage révèle que le logement est le premier poste de dépenses des Français... Et de loin. Le logement et ses charges annexes pèsent pour environ 1 tiers du budget des personnes interrogées.
Ainsi, les sondés locataires (qui représentent 40% des ménages en France), dépensent en moyenne 709 euros par mois dans leur loyer. Un niveau en hausse de 17% en six ans, et même de 32% depuis 20 ans d'après ce sondage.
Par ailleurs, huit sur 10 déclarent avoir dû faire de lourds sacrifices à cause du coût de leur logement. La moitié des sondés a par exemple réduit son budget alimentaire et 30% ont même renoncé à des soins médicaux.
Le logement est une "priorité cachée", observe Gaël Sliman, président et cofondateur d'Odoxa.
"Depuis des décennies, quand vous testez les priorités de gens par rapport à l’élection présidentielle, le logement arrive souvent en cas du classement, car il est en concurrence avec sa maison mère, le pouvoir d’achat".
Or, le pouvoir d'achat est bien la priorité numéro 1 des Français (pour 67% des sondés), loin devant la réduction de la dette et du déficit public (40%) et la lutte contre l'insécurité (39%). En zoomant dans la case "pouvoir d'achat", le logement ressort cette fois largement en tête: 78% des sondés déclarent qu'il s'agit de leur premier poste de dépense, loin devant l'alimentation (55%) et les taxes et impôts (44%).
83% estiment que la France traverse "une crise du logement"
Ainsi, 83% des sondés estiment que la France traverse actuellement une "crise du logement". Les principaux éléments "responsables", selon eux, sont des niveaux de loyers trop élevés (60% des répondants étaient locataires), mais aussi des prix d'achat trop élevés et une difficulté à accéder au crédit immobilier.
“On a mesuré dans l’enquête ce que nous disent les jeunes sur les difficultés à se loger", observe Gaël Sliman.
"Certains vivent chez leurs parents à 25 ans, même s’ils travaillent. Quand on dézoome, on observe que cela a des conséquences sociétales importantes, sur le travail, la natalité etc”.
"Les Français nous expliquent qu’ils se sentent maltraités, n’arrivent plus à loger leurs enfants", poursuit Guillaume Martinaud, président d'Orpi, interrogé jeudi matin sur BFM Business. (...) "Entre le poids des normes, les changements de ministres du Logement (8 en 5 ans), les rapports propriétaires locataires qui se dégradent... Les tensions sont extrêmes".
3 propositions politiques jugées "positives" et "efficaces" par les Français
BFM Business, Le Figaro et Orpi ont ainsi voulu savoir quelles étaient les attentes des Français en matière de logement pour le prochain quinquennat.
"Sans surprise", 76% des Français assurent qu'au "moment de voter", le 18 avril prochain, ils tiendront compte des programmes des candidats sur le logement et l'immobilier. Dans ce sondage, Odoxa a testé 12 mesures proposées par des candidats à l'élection présidentielle, sans préciser toutefois leur couleur ou personnalité politique afin de ne pas influencer le jugement des Français interrogés.
Parmi elles, "11 des 12 mesures testées sont soutenues par plus de 6 Français sur 10", révèle le sondage, signe que les attentes sont très fortes.
Toutefois, seules 3 mesures sont perçues comme étant à la fois "positives" et "efficaces"* (au-delà de 50% d'opinion favorable) :
• Il s'agit d'abord des "prêts aidés par l'État", soutenus par 64% des sondés* (dans le détail, 84% sont favorables, et 72% les jugent efficaces), afin de faciliter l'achat d'un premier logement. Il s'agit ici de mécanismes comme les prêts à taux zéro (PTZ), ou encore le retour de l'APL accession, supprimé en 2018. Il s'agit de propositions transpartisanes (gauche, droite, extrême-droite).
• Ensuite, vient "la possibilité de déduire de ses impôts une partie des intérêts de son crédit immobilier", pour 58% des sondés* (82% sont favorables, 66% jugent la proposition efficace). Une mesure portée notamment par le candidat LR Bruno Retailleau.
• Enfin, 52% sont favorables* à une "extension de l'encadrement des loyers" à de nouvelles villes, avant de limiter leur hausse. Une mesure portée par l'ensemble de la gauche. Dans le détail, 78% des sondés sont favorables, 61% estiment que la mesure serait efficace.
Viennent ensuite la limitation accrue des locations touristiques de courte durée comme Airbnb (76% favorables, 57% efficace), mais aussi la priorisation les personnes qui travaillent dans l'attribution d'un logement social (75% favorables, 56% efficace).
Également, accorder des avantages fiscaux pour la mise en location d'un bien à l'année (73% favorables, 60% efficace). Taxer davantage les logements durablement vacants dans les zones où il est difficile de se loger (71% favorables, 56% efficace).
"Pas de clivages monstrueux"
Comment expliquer que le sujet du logement ait été aussi délaissé? "Politiquement, le logement ne rapportait rien pour un politique", rappelle Gaël Sliman.
"Ils subissent la pression des administrés, font face à des temps de productions parfois très longs… En revanche, c’est l’un des rares domaines où il n’y a pas de clivages partisans monstrueux".
Plusieurs candidats ont, depuis le début de la campagne présidentielle, présenté leurs propositions ou se sont a minima exprimé sur le sujet du logement : Bruno Retailleau (LR), Jean-Luc Mélenchon (LFI), Gabriel Attal (Renaissance), ou encore Marine Le Pen (Rassemblement national), qui a consacré son discours de rentrée au sujet du Logement, début septembre.
Or, observe Gaël Sliman, "ce sont les mesures du RN qui suscitent le moins d'adhésions des Français". Plusieurs d'entre elles sont situées en bas du classement des mesures les plus "positives" ou "efficaces". C'est par exemple le cas de la suppression ou l'assouplissement de l'objectif Zéro artificialisation nette des sols (45% des Français se disent favorables, 40% jugent la mesure efficace) , mais aussi du retrait des logements "passoires thermiques" (E,F,G) du diagnostic de performance énergétique (59% sont favorables, 55% jugent la mesure efficace).